83F - Société des Antiquaires de Normandie

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Origine

Société des Antiquaires de Normandie

Biographie ou Histoire

La tourmente révolutionnaire passée, l'on s'inquiéta du sort des anciens châteaux, des abbayes, des églises victimes des destructions et d'actes de vandalisme de toute sorte.

Avec plus d'ardeur que jamais, de nombreux érudits se penchèrent sur l'histoire d'un passé dont on avait tenté d'effacer les traces.

En dotant le pays des grandes institutions, l'Empire s'efforça de répondre à ces aspirations. Il en donna un témoignage en mai 1810, en demandant aux préfets, par la voix du comte de Montalivet, Ministre de l'Intérieur, un rapport détaillé sur les richesses monumentales de leur département.

Pendant les années suivantes, le constant intérêt de l'Etat se manifestant par des questionnaires et des instructions fréquents, stimula le zêle des préfets.

En 1818, à la suite de nouvelles demandes du comte Decaze, Ministre de l'Intérieur, 47 rapports furent remis à l'Institut, à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres chargés de les examiner.

Le 8 avril 1819, un nouveau questionnaire rédigé par la Commission des Antiquités de la France que venait de constituer l'Académie, fut transmis par Decaze à ses subordonnés. Les monuments de toute époque ainsi que les documents écrits en étaient l'objet. En 1821, le Conseil général du Calvados se distingua en décidant d'attribuer une médaille d'or et 1 000 F. à l'auteur du meilleur mémoire sur les antiquités du département. Cette louable initiative devait connaître un cuisant échec : aucun candidat ne se présenta.

Cependant, des projets ambitieux n'allaient pas tarder à trouver leur réalisation. Avec l'aide et le soutien de prestigieux aînés, Arcisse de Caumont, alors âgé de 20 ans, allait donner l'impulsion qui aboutirait à la création d'une Société savante répondant aux impérieuses nécessités du moment.

Semblable à la première pierre d'un édifice, quelques lignes à la première page du registre des procès-verbaux, définissent solennellement le but de la nouvelle société : "Origines de la Société des Antiquaires de Normandie - vers la fin de l'année 1823, quelques antiquaires distingués, des cinq départements formés de l'ancienne province de Normandie, désirèrent y établir une Société dont le but fut l'étude de l'archéologie en général mais surtout de l'Histoire du pays et des monuments curieux qu'il renferme abondamment. Après s'être communiqué leurs idées sur ce sujet et avoir mûrement réfléchi aux moyens de fonder une association durable, ils décidèrent que la compagnie porterait le nom de Société des Antiquaires de Normandie.

Léchaudé se chargea de rédiger un projet de statuts. Ce projet fut revu par une Commission composée de Messieurs Lair, de Caumont, Léchaudé et ce fut pour entendre le résultat de ce travail qu'une réunion eut lieu le 24 janvier 1824.

Au cours de la séance ainsi mentionnée, fixée à 6 heures du soir, les fondateurs entendirent un projet de règlement qu'ils adoptèrent avec quelques additions et modifications ; puis l'on se mit en devoir de constituer un bureau.

L'abbé de La Rue, correspondant de l'Institut de France, membre des Sociétés royales des Antiquaires de Paris, Londres, etc..., professeur d'histoire à l'université de Caen, fut nommé directeur. Rappelons au passage que Gervais de la Rue qui avait refusé de prêter le serment exigé de la Révolution, avait été longtemps exilé en Angleterre ; mais son activité dans le domaine de l'histoire ne s'était jamais ralentie.

Les membres présents choisirent ensuite un président et leurs suffrages se portèrent sur Henri de Magneville, vice-président de l'Académie royale de Caen, membre de la Société d'Agriculture et de la Société Linéenne du Calvados.

Léchaudé d'Anisy, associé correspondant de l'Académie de Caen et de la Société linéenne du Calvados, devint vice-président.

Le poste de secrétaire fut attribué à Pattu, ingénieur en chef des ponts-et-Chaussées, membre de l'Académie de Caen ; celui de secrétaire-adjoint revint à Arcisse de Caumont. Un trésorier fut enfin choisi en la personne du docteur Lange, également membre de l'Académie de Caen.

Puis on délibéra sur l'admission des membres qui devaient former la compagnie. Cinquante noms furent proposés. Citons parmi eux, ceux de Lair, Lambert, Pluquet, Harou-Romain, architecte du département du Calvados, Asselin, Dubourg d'Isigny, Auguste le Prévost, Mérite-Longchamps, de Gerville qu'on a pu appeler le fondateur de l'Archéologie normande (de Gerville avait, très jeune, payé son tribut à la Révolution ayant fait le coup de feu dans l'Armées des Princes), François Rever, ancien curé constitutionnel, député à l'Assemblée législative de 1791 à 1792. Les préfets des cinq départements devenaient membres de droit.

Des diplômes revêtus des signatures du président, des secrétaires et du trésorier furent remis aux membres présents et l'on se quitta vers 9 heures.

Au cours de la séance suivante fixée au 23 février, Arcisse de Caumont fit état de la correspondance adressée aux membres jugés dignes d'appartenir à la nouvelle Société. La plupart de ces derniers avaient déjà répondu assurant les fondateurs de leur reconnaissance et de leur désir de concourir aux travaux de la compagnie.

Un étranger, le comte Vincenzo Deablate Dalbre, membre de plusieurs Sociétés d'Antiquaires en Italie, se signalait en offrant son récent ouvrage consacré aux précieux objets d'antiquité découverts sur ses propriétés.

De nouveaux membres, Rever, Lambert, le Prévost offraient également leurs récentes publications.

A noter enfin l'admission de deux membres correspondants : Vincenzo Deablate Dalbre et Deschamps, membre de plusieurs Sociétés savantes à Paris.

D'autres noms étaient proposés aux suffrages des membres présents avant d'entendre de Caumont donner lecture d'un mémoire de Gerville sur les châteaux de la Manche.

La seconde partie de ce mémoire était réservé à la séance du 3 avril ainsi qu'à une étude du même auteur sur les édifices religieux du département de la Manche. Cette dernière étude était le résultat de l'examen approfondi du style architectural de plus de 600 églises.

On entendait aussi avec le plus vif intérêt un mémoire d'Edouard Lambert sur les ruines découvertes en 1821, lors des fouilles faites sur l'emplacement de l'ancien cimetière de Bayeux. Lambert fixait à la fin du IVe siècle, lors de l'invasion des Saxons dans le Bessin, la destruction d'un monument destiné aux bains publics.

Le 8 mai 1824, de nouveaux membres, tels Formeville, Beaurepaire de Louvagny faisaient leur entrée dans la nouvelle Société.

La formation de la Société des Antiquaires de Normandie se présentait sous les meilleurs auspices lorsque le 8 juillet, Arcisse de Caumont, reçut du maire de Caen la lettre suivante : "Conformément à la lettre de M. le préfet du 22 de ce mois, j'ai l'honneur de vous prévenir que son Excellence le Ministre de l'Intérieur autorise pendant trois ans la formation de la Société des Antiquaires de Normandie sauf à renouveler  plus tard cette permission pour un temps indéfini si le gouvernement est satisfait de la marche de la Société".

Il n'est pas sans intérêt de revoir les principaux points des statuts proposés dès 1823.

La Société se compose d'un nombre indéterminé de membres résidant dans les cinq départements, de correspondants dans les autres pays et d'associés pris parmi ceux qui sans faire une étude particulière des Antiquités, voudront encourager les travaux de la Société.

La Société a une caisse, des Archives, un cabinet de médailles et autres oblets d'antiquité.

Les officiers de la Société sont au nombre de six : un directeur qui pourra être pris indistinctement dans l'un des cinq départements, un président, un vice-président, un secrétaire, un secrétaire-adjoint, un trésorier. Ces derniers devront résider au chef-lieu.

Directeurs, présidents et vice-présidents sont nommés pour un an. Ils ne peuvent être réélus qu'après une année d'intervalle. Le secrétaire, le secrétaire-adjoint et le trésorier sont nommés pour deux ans et son indéfiniment éligibles.

La cotisation annuelle est fixée à 20 F. Des souscriptions volontaires peuvent être faites. Enfin, dans la quinzaine de son admission, chaque membre doit offrir à la Société, un objet relatif aux Antiquités (il est à signaler que le Société recevait le plus souvent en don, des publications des membres récemment élus).

Pour être reçu membre de la Société, un candidat doit réunir les 3/4 des voix des membres présents. Les nominations ne pourront être faites qu'à la séance de décembre et le troisième samedi après Pâques, à moins que l'Assemblée ne soit composée d'un nombre égal à celui des 3/4 des membres qui résident au chef-lieu. Chaque nouveau membre reçoit un diplôme constatant son admission, chaque diplôme étant passible d'un droit de 10 F.

Les séances ordinaires se tiennent le premier samedi de chaque mois, (exceptionnellement pendant les vacances scolaires) et le troisième samedi après Pâques. Chaque année, une séance publique permet de faire connaître aux assistants, les travaux de l'année écoulée.

Les membres résidant au chef-lieu sont tenus d'assister régulièrement aux séances ; des jetons leur sont distribués comme droit de présence pour les séances auxquelles ils participent.

Les membres des Sociétés savantes nationales et étrangères et même les simples particuliers qui désirent lire quelque mémoire ou communiquer quelque document peuvent participer aux réunions si le président en donne l'autorisation.

Chose très importante à relever dans ces statuts : chaque membre est invité dans un arrondissement déterminé et à sa proximité à rechercher les monuments et les décorations architectoniques existant encore, ceux que des fouilles récentes ont mis à découvert, d'en faire l'historique et d'en constater l'âge et le degré de dégradation, de les dessiner s'il lui est possible et de faire parvenir à la Société des observations sur les moyens de les conserver.

Les préfets des cinq départements seront sollicités pour faire les démarches nécessaires, engager les maires de leur département à ne faire aucune reconstruction ou démolition ou regrattage de monuments remarquables sans que la commission chargée de la conservation des monuments ou les représentants de la Société résidant dans l'arrondissement concerné ne fasse un rapport constatant l'impossibilité de conserver le monument qu'on aurait projet d'abattre.

Les problèmes de publications étaient ensuite envisagés, avec les règles auxquelles il fallait se tenir.

Les statuts présentés, le bureau constitué, la compagnie se mit au travail et une active correspondance s'engagea. Dès 1820, de Formeville avait adressé aux maires de l'arrondissement de Lisieux, une grande enquête sur les voies romaines de la région. Il était en mesure de communiquer à la Société les nombreuses notes qu'il avait rassemblées.

Des découvertes étaient signalées telle celle d'un fragment de meule romaine à Emiéville. Dans une très longue lettre, Mangon de la Londe exposait ses observations sur les colonnes milliaires.

Sous le titre Mémoires des Antiquaires de Normandie, un premier volume paraissait en 1825. Une fois encore, le rôle de la Société et de ses membres était défini dans l'exposé préliminaire de Henri de Magneville : "La Société des Antiquaires de Normandie a été reconnue par le gouvernement du Roi. Des hommes d'Etat, des administrateurs, des savants illustres ont promis en acceptant leurs diplômes de la protéger, de lui servir de guide ; et l'on doit espérer qu'en ouvrant sa carrière sous d'aussi favorables auspices, elle pourra la parcourir avec fruit et honneur..."

Et de Magneville traçait à chacun la voie avec, semble t'il, beaucoup de rigueur et d'ambition : "Chaque membre de la Société se trouvant fixé dans un canton, rien ne pourra lui échapper. L'érudit fixera des époques historiques par l'examen des médailles et des inscriptions, l'architecte et le statuaire indiqueront les beautés ou les bizarreries des formes, des ornements et des sculptures ; le géomètre et le physicien, les difficultés vaincues dans la construction, le minéralogiste et le géologue feront connaître la nature, le nom, l'origine des matériaux ; le peintre ou le poète, des aspects propres à frapper l'imagination et à perpétuer les souvenirs. Le travail d'un seul savant ou d'un seul artiste serait certainement incomplet ou erroné dans quelques parties : le travail commun rédigé avec attention et impartialité sera digne de confiance."

Après le long exposé de Henri de Magneville, les statuts étaient proposés à l'attention des membres de la compagnie. Suivait la liste des membres titulaires et des membres correspondants. On comptait au moment de la publication de ce premier volume, 92 membres titulaires, 24 correspondants dont un étranger, le compte Vincenzo Deablate Dalbre. Figurait encore la liste des objets offerts au cours de l'année 1824 par les membres de la Société.

Ce volume faisait ensuite état de la séance publique du 22 avril 1825 qui se tint dans la grande salle de l'hôtel de la Bourse en présence du comte de Montlivault, préfet du Calvados, membre de la Société depuis le 3 janvier et, dit-on, "un grand nombre de savants des cinq départements de la Normandie qui occupèrent les place qui leur étaient réservées.

Mr. de Magneville prononça un discours, mais l'on retint surtout l'exposé d'Arcisse de Caumont faisant l'analyse des travaux de la Société depuis le 24 janvier 1824, époque de sa création jusqu'au 24 janvier 1825.

L'on admirera le préambule un peu pompeux d'Arcisse de Caumont : "L'homme, passager sur la terre, cherche toujours à y laisser un souvenir de son existence mais tout semble conspirer à en effacer jusqu'aux moindres traces ; plus le temps s'éloigne, plus l'obscurité augmente. Au bout de quelques siècles, l'histoire n'est plus qu'un vaste lointain où l'oeil distingue à peine les points les plus saillants. Chez nous surtout, les traditions se perdent, les monuments s'écroulent, et de toutes parts, la main des hommes détruit ceux que le temps avaient épargnés."

Puis il rappela les travaux de la Société soucieuse du sort des Antiquités celtiques, des Antiquités romaines, se penchant sur l'histoire du Moyen-Age, et Caumont soulignait, pour cette période de l'histoire, la précieuse collaboration de Harou-Romain, architecte du département et sa contribution à la restauration de plusieurs monuments.

L'intérêt des "courses archéologiques" lui apparaissait aussi évident et il citait en exemple de Gerville qui avait à son actif la visite de 700 églises et d'un grand nombre d'autres monuments.

Arcisse de Caumont n'oubliait personne dans ses remerciements, rappelant entre autre que l'on devait la conservation du marbre de Thorigny à Clément, maire de Saint-Lô, membre de la Société ; la restauration de l'inscription placée au Mont-Saint-Michel à la mémoire des 119 défenseurs normands du Mont, à l'initiative d'un autre membre de la Société, habitant de la Manche, Mr. de Clinchamps. Les sauvetages récents du théâtre romain de Lillebonne, du chapitre de Saint-Georges de Boscherville étaient enfin évoqués.

L'orateur rendait encore hommage à l'activité des autres sociétés savantes, faisant état de la correspondance entretenue avec les Sociétés savantes d'Europe.

Oui vraiment, ainsi que de plaisaient à l'affirmer Magneville et Caumont, "la Société des Antiquaires de Normandie devait être rangée parmi les conceptions heureuses toujours couronnées de succès".

Qu'il nous soit permis de revenir sur l'exposé d'Arcisse de Caumont qui, soucieux de voir se réaliser l'énumération complète des richesses architecturales, de faire tracer pour ainsi dire la géographie monumentale de la Normandie, souhaite intéresser à cette oeuvre les curés du département. Une circulaire à laquelle serait jointes des planches représentant les différents genres d'architecture curieux à conserver, pourrait leur être adressée. "Je les engagerai en même temps, dit encore Caumont à faire connaître le style de leurs églises, les inscriptions qu'elles peuvent renfermer."

Le premier volume des Mémoires des Antiquaires de Normandie s'enorgueillissait d'un grand nombre de travaux parmi lesquels on remarquait une étude d'Edouard Lambert sur les thermes antiques de Bayeux, un contribution importante de Gerville sur l'architecture des églises de la Manche, sur les anciens châteaux de ce département. On remarquait aussi une étude de Pluquet sur les trouvères normands, un essai d'Arcisse de Caumont sur l'architecture religieuse du Moyen-Age en Normandie.

Mais il faut arrêter là cette étude si incomplète, si vague des débuts de la Société des Antiquaires de Normandie. Cependant, comment ne pas rappeler de façon incomplète (tant de noms, de travaux, d'activités seraient à rappeler que nous ne saurions nous risquer à une étude plus complète) quelques réalisations de la Société.

Citons la publication des fouilles de Lisieux par Le Prévost, celle des rôles de l'Echiquier ducal par Léchaudé d'Anisy, la table des Mémoriaux de la Chambre des Comptes, oeuvre de Charma et de Formeville, le cartulaire normand de Delisle, l'édition des rôles dits de Bréquigny, la publication du registre de l'officialité de Cerisy par Dupont, historien du Cotentin, le journal du Sire de Gouberville par Eugène de Beaurepaire et le comte de Blangy, les livres de Moisy et Joret sur les noms de familles et sur les patois de Normandie.

Rappelons les recherches d'Amédée de Bourmont sur les origines de l'université de Caen, l'ouvrage de Delisle sur les premiers imprimeurs caennais et leurs travaux aux XVe et XVIe siècles, l'impressionnante étude de René-Norbert Sauvage sur l'abbaye de Troarn ; et de combien d'importantes études ne faudrait-il pas faire état. Que de noms aussi faudrait-il citer ! Qu'il nous soit permis de rappeler ceux des secrétaires, chevilles ouvrières de la Société qu'ils ont profondément marquée de leur personnalité : Arcisse de Caumont, Charles Gervais, Alfred du Méril, Henri de Formeville, Antoine Charma, Eugène Châtel, Eugène de Beaurepaire, Emile Travers, René-Norbert Sauvage, Lucien Musset, secrétaire actuel.

Des noms célèbres aussi à relever dans la liste des Directeurs successifs, tels ceux de Guizot, Prosper Mérimée de l'Académie française, l'abbé Cochet, Inspecteur des Monuments historiques de la Seine-Inférieure. Des académiciens, de nombreux membres de l'Institut, préfets normands, prélats honorèrent par leur présence et un discours toujours vivement apprécié, les séances publiques de la Société dont ils étaient les directeurs.

Vivante et énergique, la Société se manifesta en toute occasion en dépit des heures sombres des guerres qui n'épargnèrent pas les membres de la compagnie.

Il faut rappeler certaines de ces interventions :

En 1869, le très actif secrétaire, Antoine Charma fit ouvrir le chantier de Vieux.

En 1873, Guizot accepta une seconde fois le titre de directeur de la Société avant de prendre la tête d'un mouvement en faveur de la restauration du Mont-Saint-Michel. De toute autorité, il entraîna et appuya les interventions, succédant à l'ancien directeur Mgr. Bravard, évêque de Coutances et d'Avranches qui, souffrant ne pouvait plus assumer la tâche qui lui tenait à coeur.

L'année 1874 vit, grâce à la Société, la restauration de l'église de Saint-André-d'Hébertot.

En 1895, une énergique protestation vint compromettre le projet de démolition de la chapelle du lycée Corneille à Rouen.

En 1920, la Société s'inquiéta de la protection de l'église Saint-Pierre de Caen. En accord avec l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, elle attira l'attention du Ministre des Beaux-Arts sur les dangers des aménagements proposés par la ville, menaçant les bâtiments et l'enceinte de l'hospice de Caen construit au XVIIe siècle.

Elle manifesta également en 1921 contre le projet de démolition des tours et des murs d'enceinte de la ville. A cette occasion, elle entraîna la presse à prendre partie comme elle le fit après la démolition de l'hôpital, ainsi que le prouve un virulent article paru la même année dans le journal "Le Charivari".

En 1924 et 1925 par l'intermédiaire des parlementaires normands, elle réclama au Ministre de l'Instruction publique, le maintien de la chaire d'Histoire de l'Art à l'université de Caen. Elle exigea un titulaire.

Aux heures sombres de l'Occupation, en 1941, elle réclama la restauration de la balustrade et du clocher de l'église Saint-Pierre. Au cours de la même année, elle demanda le maintien en titre de la chaire d'Histoire de Normandie. D'énergiques articles de presse parus en octobre et décembre 1941, appuyèrent la demande de la compagnie qu'inquiétait un projet de suppression.

Le 24 octobre 1941, elle s'unit à un voeu de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, demandant le maintien du Mont Saint-Michel dans la Normandie administrative.

La guerre passée, l'on s'inquiéta des destructions dont on mesurait la tragique ampleur. Et l'on vit certains membres de la Société qui avaient tout perdu dans une tourmente qui à bien d'autres égards ne les avaient pas épargnés, s'attacher à sauver, dans les ruines, des débris d'un patrimoine dont s'enorgueillissait le pays. L'on s'inquiéta du triste état du musée et de ses collections. On s'employa à décrire l'état de la ville et de ses monuments.

Falaise retint l'attention du docteur Doranlo et d'André Rostand.

Les travaux de remblaiement de la ville, les travaux de l'Hôtel-Dieu furent surveillés, la tour Marescot, protégée.

Puis la Société exprima le voeu que les édifices des cinq départements inscrits à l'Inventaire supplémentaire soient classés monuments historiques en raison des trop nombreuses destructions totales d'édifices classés. Elle réclama des enquêtes méthodiques pour rechercher les édifices ou objets susceptibles d'être classés.

D'autres mesures de sauvegarde furent prises. Le château de Caen, la mise hors d'eau des premières travées de la nef de Saint-Pierre furent l'objet des préoccupations des Antiquaires.

Dans une lettre adressée au Ministre de l'Education nationale, le 4 janvier 1946, la Société demanda que l'église Sainte-Paix soit classée monument historique.

Le phénix renaissait de ses cendres et déjà, comme au moment de la création de la Société, un nouvel essor s'amorçait dans un esprit de coordination.

Dès 1945, une circulaire du docteur Fournée annonçait à la Société, la création de la Société parisienne d'Histoire et d'Archéologie normande et la préparation d'un premier ouvrage qui serait l'inventaire de toutes les sources bas-normandes se trouvant dans les différents fonds de la capitale.

En 1947, à l'initiative du Comité français des Sciences historiques et de la Fédération historique de Normandie créée en 1925, un projet de création d'une grande revue régionale qui pourrait s'appeler Annales de Normandie fut soumis à la Société sous la forme d'une circulaire rédigée par M. de Bouard, délégué régional du Comité français des Sciences historiques.

Solide bastion de la recherche et de la défense du patrimoine normand, la Société poursuivait ses démarches. Au début de l'année 1947, André Rostand rédigea un rapport sur l'état de l'abbaye de Notre-Dame du Voeu et son sauvetage au lendemain de la Libération. Peu de temps avant, la Société s'unissant à l'Académie et à la Société des Beaux-Arts se manifesta en faveur du périmètre de protection de l'abbaye aux Dames. Dans une lettre au Ministre de l'Education nationale, elle intervint contre le projet de construction susceptible d'amener pour l'église classée de la Trinité, une rupture de perspective et de cadre.

Le classement dans sa totalité du château de Creully, la préservation du clocher des Bénédictines, l'inscription à l'Inventaire supplémentaire du château de Beneauville, la restauration de l'église d'Evrecy, furent encore au premier plan des préoccupations de la Société qui multiplia ses démarches.

En cette même année 1947, elle réclama des mesures urgentes de conservation en faveur de l'église Saint-Sauveur du Marché inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

En accord avec l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, elle protesta contre la construction d'un hôtel à l'entrée de la prairie dont elle était susceptible de boucher le site classé.

L'année ne s'acheva pas sans un nouveau voeu exprimé le 6 décembre au Ministre de l'Education nationale, à l'occasion de fouilles au château de Falaise. L'état actuel des lieux devait être respecté et une nouvelle enquête devait être ouverte avant qu'il soit prononcé sur l'utilité et l'intérêt d'un complément de fouilles.

L'oeuvre féconde de ces lendemains de guerre s'est poursuivie sans relâche ; et des publications du plus vif intérêt ont maintenu le renom de la Société fidèle à l'esprit que lui reconnaissait Guizot, directeur de la Société en 1838.

"Tous les grands travaux sur notre histoire ont été exécutés sans aucune vue intéressée, presque sans aucun sentiment d'amour propre, pour le seul plaisir de recherche et de publier la vérité sur un sujet chéri. En cette matière, comme en toute autre, la vérité ne se donne qu'à ceux qui l'aiment et qui la cherchent parce qu'ils l'aiment.

C'est l'honneur de la Société d'être animée de cet esprit vraiment scientifique, d'être étrangère à toute vue de vanité littéraire comme d'avantage matériel, c'est aussi le gage de son succès dans l'oeuvre qu'elle entreprend".

Jeanne Grall, archiviste.

 

 

Accroissements

Un complément du fonds non inventorié est coté en 131J.

Conditions d'accès

Communicable

Conditions d'utilisation

Selon le réglement en vigeur des Archives du Calvados.

Existence et lieu de conservation des originaux

Le lecteur pourra trouver des dossiers d'activités de la Société des Antiquaires dans les fonds Julien Travers (102J) et René-Norbert Sauvage (127J), tous deux anciens secrétaires de l'association.

Documents en relation

F/6026-F/6043 : Fonds Arcisse de Caumont

Julin, évêque in partibus

Cote/Cotes extrêmes

83F/329

Présentation du contenu

acte "rédigé par l'évêque in partibus de Julin, commissaire de l'évêque d'Avranches, à l'occasion de droit de conférer la tonsure et ordres mineurs prétendu par l'abbé du Mont-Saint-Michel...", 24 juin 1424 (Archives de la Manche) ; copie sans référence de Dubosc, archiviste de la Manche ; note s.d. ni signature